« Nous avons été entendus ». Ce sont les mots de Gaston Flosse avant de quitter Paris pour Hawaii. C’est en substance ce qu’il faut retenir du séjour marathon de la délégation conduite par le Président de la Polynésie française, accompagné du Vice-président Nuihau Laurey et de plusieurs ministres. Une visite importante puisqu’il s’agissait dans l’esprit du Président Flosse de normaliser des relations qui s’étaient considérablement dégradées avec l’Etat depuis plusieurs années. Partout, de la Rue Oudinot à Matignon, en passant par l’Elysée et Bercy, pour ne citer que ces rendez-vous là, la relation cordiale et franche a prévalu et a été soulignée de part et d’autre avec un soulagement mutuel.
Mais il n’était pas question pour le Président Flosse de se rendre à Paris avant d’avoir mis en oeuvre les réformes nécessaires, dans l’esprit du vieil adage « aide toi et le ciel t’aidera ». La Polynésie française confrontée à l’urgence, a donc veillé à ce que les décisions qui s’imposaient, courageuses et nécessaires, soient prises et actées avant tout déplacement à Paris. Le Président et les Ministres, en se serrant la ceinture en premier, ont su faire preuve d’exemplarité. Le gouvernement a décidé des réformes fiscales qui vont redonner de l’oxygène à un budget asphyxié, et l’Assemblée a voté un collectif budgétaire qui permet de réorienter les moyens du Pays vers l’action, l’investissement, le règlement de la dette, l’emploi et la solidarité. Pour la première fois, le budget dégage 2 milliards d’autofinancement, ce n’est pas rien, et il n’aura pas fallu deux mois pour le réaliser. Elu le 17 mai 2013, le Président Flosse a présenté le collectif budgétaire à l’assemblée le 13 juillet 2013, pour s’envoler vers la métropole le lendemain. L’audace de ces réformes a été bien perçue à Paris, saluée et encouragée. La Polynésie française, soudain, redevient audible. La France est elle-même en grande difficulté, et il faut bien reconnaître que les interlocuteurs parisiens, tant de fois échaudés dans le passé, avaient de quoi être méfiants. Il fallait au moins ces efforts et ces réformes pour être crédible et pouvoir être entendu. Alors oui, l’Etat reste aux côtés de la Polynésie française ; oui, il va faire jouer la solidarité nationale ; non, il ne veut pas que l’ONU s’ingère dans les affaires de la Polynésie française et vienne pourrir une relation que personne à Paris et à Papeete ne veut briser. D’ailleurs, le Ministre des Outre-mer, Victorin Lurel, avec la double bénédiction de l’Elysée et de Matignon, viendra avant la fin de l’année signer le pacte de croissance, presque comme on signe un contrat de mariage. Car le pacte de croissance va redonner de la perspective à la Polynésie française et lui permettre de renouer avec l’avenir. Au-delà des engagements réciproques, ce pacte est avant tout un contrat de confiance. Les premiers n’ont de sens que si la seconde préexiste. C’est désormais chose faite avec cette visite à Paris. Vous avez dit « la foi de reconstruire ensemble » ?
La reconstruction a commencé. Assurément.
Yves HAUPERT


