DISCOURS

Allocution de Monsieur Gaston FLOSSE,

Président-Sénateur de la Polynésie française

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Inauguration de la stèle de l’Autonomie

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Dimanche 29 juin 2014 à 14h00 - Papeete

 

 

Monsieur le Haut-Commissaire de la République en Polynésie française ;

Madame la Députée ;

Messieurs les Députés de la Polynésie française ;

Monsieur le Président de l’Assemblée de Polynésie française, Maire de Pirae ;

Monsieur le Vice-Président, Mesdames et Messieurs les Ministres ;

Monsieur le Président du Conseil Economique et Social ;

Madame la Ministre, Représentante spéciale de la Polynésie française à Paris ;

Mesdames et Messieurs les représentants de l’Assemblée de Polynésie française ;

Monsieur le Maire de Papeete et votre conseil municipale ;

Mesdames et Messieurs les Maires ;

Mesdames et Messieurs ;

 

Voici trente ans, un acte fondateur s’accomplissait. La République conférait à notre pays le statut d’autonomie. Une véritable révolution juridique intervenait, sans heurt, dans la paix, entre la République et la Polynésie française. La loi du 6 septembre 1984 marque indéniablement le tournant majeur de notre histoire institutionnelle : c’est la création de l’autonomie.

 

Désormais, le pouvoir exécutif, jusque-là dévolu au gouverneur puis au haut-commissaire, se trouvait remis aux élus polynésiens. Précédemment, le représentant de l’Etat était président du « conseil de gouvernement ». Avec la réforme de 1984, c’est un président issu du vote de l’assemblée et pris en son sein qui préside l’exécutif. Au « conseil de gouvernement » succède un « conseil des ministres ».

 

Le président du gouvernement est le chef de l’administration. Qu’on ne s’y trompe pas : je ne méconnais en rien l’apport, parfois remarquable de ces grands serviteurs de l’Etat qu’ont été les gouverneurs et les hauts-commissaires de la période antérieure.

 

Les Polynésiens étaient en droit d’attendre de la République qu’elle les admette à régler eux-mêmes les affaires du pays et que, conformément aux principes démocratiques, cette mission revienne aux élus du peuple.

 

La revendication en était ancienne et avait même pris, durant une brève période, un aspect agressif où l’hostilité à la présence française avait une grande part. Je m’étais convaincu à la faveur de ces évènements, qu’il fallait organiser l’évolution de notre statut.

 

Cette réforme fondamentale s’est faite sous la présidence de François Mitterrand et avec son appui. J’étais alors vice-président du conseil de gouvernement, je dis bien vice-président puisque le président en titre était le haut-commissaire. La nouvelle majorité nationale, qui venait de voter la grande loi de décentralisation en métropole, était dans des dispositions favorables. Cependant, il y avait du chemin à faire pour convaincre Paris d’aller aussi loin que nous le souhaitions. Je m’honore d’avoir été le porteur de nos ambitions.

 

Cependant, je ne saurais trop dire la qualité de l’écoute que j’ai reçue de la part du ministre de l’Outre-mer, Georges Lemoine, grand humaniste et esprit généreux. Nous n’avons dû recourir, comme nous en étions convenus en cas de désaccord, à l’arbitrage du président de la République que par deux fois.

 

Encore ais-je eu l’avantage d’être admis auprès de ce dernier pour défendre mon point de vue. Comme on le voit, dans certaines circonstances, lorsqu’on a affaire à des hommes d’Etat, il advient que l’intérêt public transcende et dépasse les clivages politiques.

 

Le statut de 1984 qui nous dotait de « l’autonomie interne » a été fécond non seulement par ce qu’il nous a apporté sur le moment mais par la promesse qu’il ouvrait, d’évolutions ultérieures.

 

Avec l’appui de Jacques Chirac et de son premier ministre, Alain Juppé, la modification statutaire du 12 avril 1996 est venue conforter notre autonomie. Elle apportait deux modifications substantielles. La première est que notre statut n’était plus fixé par une loi ordinaire, que n’importe quelle autre loi pouvait changer, mais par une loi organique qui s’impose aux autres lois.

 

La seconde est que nous passions de « l’autonomie interne » de 1984 à une pleine « autonomie », que la République « garantit ».

 

A l’usage toutefois, il est apparu que nos compétences méritaient d’être étendues et protégées institutionnellement.

 

C’est ainsi que j’ai souhaité, en plein accord avec Jacques Chirac, que la notion d’autonomie soit inscrite dans la Constitution de la République.

 

Ce fut l’objet de l’article 74 de la Constitution, lors de la réforme du 28 mars 2003, relative à l’organisation décentralisée de la République.

L’article 74 crée un cadre particulier qui s’applique à la Polynésie, celui de l’autonomie. Il déroge au droit commun des collectivités de la république.

 

C’est ainsi que nos lois de pays sont examinés par le Conseil d’Etat et non les tribunaux de l’ordre administratif, et que nos compétences sont protégées par le Conseil constitutionnel.

Je ne sais pas si chacun se rend compte du chemin parcouru jusqu’en 2003. Mais pensez-y, car c’est sur ce socle que nos statuts peuvent désormais s’appuyer.

 

C’est ainsi que nous avons engagé la discussion sur le statut du 27 février 2004.

 

Ce dernier établit dans l’ordre juridique républicain que « La Polynésie française se gouverne librement et démocratiquement ». « Se gouverne »  et non plus, « s’administre » ! La différence est de taille. C’est également la loi organique de 2004 qui a, entre autres, accordé à la Polynésie française le droit de participer à l’exercice de certaines compétences que conserve l’Etat.

 

Vous comprendrez pourquoi la Polynésie française doit beaucoup à Jacques Chirac. Les réformes de 1996, 2003, 2004, nous les lui devons !

 

Depuis quatre modifications sont intervenues, deux en 2007 et deux autres en 2011. A côté d’utiles dispositions propres à remédier à l’instabilité gouvernementale qui nous a paralysé durant neuf années, elles ont, pour certaines, introduit des complications regrettables et qu’il conviendra de faire lever, dans le dialogue avec l’Etat.

 

La construction de l’autonomie n’est cependant pas une fin en soi. C’est l’outil grâce auquel nous pouvons, sous notre responsabilité propre, faire progresser notre Pays.

 

C’est pourquoi nous devons apprendre à bien utiliser cet outil. Quelle absurdité de réclamer l’indépendance quand on est incapable de faire fonctionner l’autonomie ! Comment peut-on réclamer plus de pouvoirs quand ceux que l’on détient ne servent qu’à détruire les emplois, décourager les entreprises et ruiner le Pays.

 

Les jeunes qui se forment, et qui, pour nombre d’entre eux, n’ont pas connu la période antérieure doivent savoir qu’ils auront à diriger un véritable pays avec l’appui de la République dont nous faisons partie. Ils doivent s’y préparer. J’ai confiance dans leurs capacités. Il faut qu’ils croient en eux.

 

C’est à cette mission qui jamais n’aura de fin que j’appelle tous nos concitoyens.

 

Que cette stèle dédiée à l’Autonomie nous rappelle l’œuvre accomplie durant les trente dernières années.

Qu’elle nous encourage à persévérer dans cette voie.

Qu’elle nous apprenne à aimer notre Pays.

 

J’ai foi en la Polynésie française au sein de la République.

J’ai foi en vous Peuple Polynésien,

J’ai foi en mon Pays,

Que Dieu bénisse notre Pays.

Vive la Polynésie française,

Vive la République.