DISCOURS

Discours du Président de la Polynésie française lors de la présentation du Gouvernement devant l’Assemblée de la Polynésie française

 

Lundi 27 mai 2013

 

 

Je suis heureux de me retrouver parmi vous ce matin pour vous présenter mon Gouvernement.

 

Certes vous le connaissez déjà et la presse s’en est fait l’écho. Cependant, je tenais à ce que nous puissions nous présenter devant vous puisque nous allons travailler ensemble à la tache, ô combien difficile mais exaltante, du redressement de notre pays.

 

Comme chacun le sait, la situation dont nous avons hérité après 10 années de Taui est catastrophique. Notre pays est à genoux. La confiance dans l’avenir avait été perdue, et la population a placé ses espoirs en nous. Les électeurs ont rappelés l’expérience et la compétence au chevet de notre beau pays.

 

Le défi est de taille, car si l’attente de la population est forte, les caisses sont hélas vides.

 

Le Gouvernement devra mettre en oeuvre des réformes difficiles, parfois des mesures impopulaires. Nous devrons tous contribuer au redressement de notre pays. Le Gouvernement et moi-même avons tenu à donner l’exemple en réduisant nos rémunérations de 50% en ce qui concerne le Président, et de 10% en ce qui concerne les Ministres, par rapport aux nouveaux seuils fixés par la loi, laquelle avait déjà diminué notablement le montant des nos indemnités. C’est donc bien un effort supplémentaire que nous consentons. Nous avons aussi supprimé les avantages en nature comme les voitures de fonctions et les logements de fonction.

 

Je laisse à votre réflexion ce souhait que vous puissiez vous aussi contribuer à cet effort et réduire à votre tour le montant de vos indemnités. Elles ont déjà été diminuées, à plusieurs reprises, je le sais, mais nous avons tous un devoir d’exemplarité devant la population qui nous a élus.

 

J’ai demandé au Conseil économique social et culturel la même exemplarité. Rien ne vous y oblige, et il vous appartient désormais d’en prendre la décision en votre âme et conscience.

 

J’ai confié la Vice-présidence de notre Gouvernement à Nuihau LAUREY. C’est un jeune en qui j’ai toute confiance. Titulaire d’un Diplôme d’études supérieures en banque et finance et d’un CAPET en économie gestion, il a les capacités nécessaires pour assumer cette fonction, ainsi que la puissance de travail qu’elle requiert au regard des autres portefeuilles majeurs qu’il détient.

 

Car en plus d’être vice-président, il est aussi en charge de l’Economie, des Finances, du Budget, mais aussi de la Fonction publique, des Entreprises et de l’Industrie, ainsi que de la Promotion des exportations et de la Lutte contre la vie chère. Vous l’avez compris, il sera la clef de voute de l’action de notre Gouvernement et de la nécessaire réforme de la fiscalité. A lui de s’entourer d’une bonne équipe, et de se mettre à l’oeuvre sans tarder avec pour objectif un redressement de nos finances et une baisse du coût de la vie attendue par toute la population. C’est possible, mais il faut faire vite car nous n’avons que peu de temps pour redonner confiance.

 

Vous le savez, la confiance ne se décrète pas, elle se construit, elle se mérite. Elle reste fragile et éphémère. Mais nous pouvons y arriver. J’ai confiance en Nuihau LAUREY, il peut y arriver.

 

J’ai confié le Tourisme, la pierre angulaire de notre développement, ainsi que l’Ecologie, la Culture, l’Aménagement du territoire et le Transport aérien à Geffry SALMON. C’est un portefeuille majeur car dans ce secteur comme dans d’autres, il nous faut tout reconstruire.

 

Diplômé en sciences économiques, il a présidé notre compagnie Air Tahiti Nui, et on lui doit le développement de l’OPT et de ses filiales ainsi que le câble HONOTUA. Il aura la tâche de repenser le tourisme, de redonner confiance aux acteurs du secteur et de prospecter de nouveaux marchés. Il part d’ailleurs dans quelques jours à Los Angeles vers notre principal marché émetteur afin de donner un signe tangible aux opérateurs américains qui ont commencé à bouder notre destination.

 

L’écologie, la culture, l’aménagement constituent un tout. A lui désormais de jeter les passerelles entre ces secteurs pour qu’ensemble, grâce à plus de transversalité, ils portent un développement touristique plus harmonieux. Là aussi le travail est énorme, et il faudra avant tout changer les mentalités. Nous l’y aideront, je sais qu’il en est capable.

 

J’ai confié l’autre pilier de notre développement, à savoir les Ressources marines, les Mines, la Recherche, la Perliculture, l’Aquaculture, mais aussi les Relations avec nos institutions à Tearii ALPHA. Docteur en sciences, il connaît bien ce secteur et c’est un homme d’expérience.

 

Il n’est pas avec nous ce matin car il est déjà en Chine depuis hier pour conduire une mission exploratoire consacrée au projet aquacole de l’Université Océanographique de Shanghai. Ce dossier est resté en suspend car il a été mal engagé. Les chinois commençaient à perdre confiance. Je lui ai demandé d’aller les rencontrer et de voir avec eux ce qu’il convient de faire, de mieux cerner la nature exacte du projet et les méthodes utilisées notamment pour s’assurer qu’elles sont compatibles avec notre environnement.

 

Sans doute, dans un premier temps, il faudra les autoriser à développer une ferme expérimentale afin de tester la viabilité du projet, avant de se lancer dans un développement à plus grande échelle. Il faudra aussi déterminer les espèces qu’il convient de promouvoir et convenir avec eux des conditions d’investissement et de recrutement des personnels qui travailleront dans ces fermes aquacoles.

 

Tearii ALPHA aura la lourde charge de redynamiser ce secteur de la filière pêche tombé à l’abandon, de relancer la perliculture afin qu’elle retrouve son prestige. Là aussi ces dix dernières années ont été meurtrières pour les emplois de ces secteurs pourtant si importants, et il nous faut tout reconstruire.

 

Marcel TUIHANIest notre Ministre du Logement, des Affaires foncières, de l’Economie numérique et de la Communication, de l’Artisanat, et Porte-parole du Gouvernement. Ingénieur, il a eut la charge de mettre en place le câble Honotua et il a été directeur de l’OPH. Il était donc tout naturel que ces portefeuilles lui soient confiés.

 

Il lui appartient de reconstruire une véritable politique du logement avec l’ensemble des partenaires, notamment l’Etat et l’AFD. Déjà une première rencontre a été programmée cette semaine. D’autres suivront. Nos familles, nos jeunes ne parviennent plus à se loger, et le parc privé reste encore trop cher. Le foncier est devenu opaque et rien n’a été fait durant le Taui pour régler la question de l’indivision dont on sait qu’elle pèse lourdement sur nos familles. Là aussi le chantier est énorme.

 

Quant aux nouvelles technologies elles sont porteuses d’espoirs et nos jeunes sont doués et créatifs. Il nous faut développer ce secteur de l’économie numérique et donner les moyens à notre télévision qui a réussie à faire mieux avec moins, et qui a été exemplaire de ce côté là. Notre artisanat est essentiel, et là aussi il faudra trouver les moyens de le valoriser et de le promouvoir, et rechercher avec le Ministre du Tourisme des transversalités bénéfiques à nos artisans.

 

La santé est un champ de bataille. Notre PSG est menacée, le RSPF est en faillite, l’hôpital rencontre de grosses difficultés, le dialogue avec les professionnels dans ce secteur est ramené au niveau zéro. J’ai confié cette responsabilité à la seule femme de notre Gouvernement, Béatrice CHANSIN. J’ai souhaité quelqu’un qui ne soit pas du sérail et qui dispose des qualités de gestionnaire reconnues. Bientôt docteur en droit public et ancienne directrice générale du port autonome, elle est réputé rigoureuse et travailleuse.

 

Elle aura la lourde mission de ramener l’équilibre dans les comptes sociaux, de redonner confiance au monde médical, de trouver les solutions pour pérenniser notre système social. Il faudra aussi trouver les moyens de changer les mauvaises habitudes par plus de prévention, car je reste persuadé que c’est en amont qu’il agir pour réaliser les économies dont notre système de santé à besoin. Il n’y a pas de recettes magiques, ni de potions toute faite. Le traitement sera long. Il faudra sans doute être imaginatif et courageux.

 

Béatrice CHNASIN dispose des qualités pour être Ministre de la Santé, du Travail, chargée de la Protection sociale généralisée, de la Formation professionnelle, du Dialogue social, des Droits de la femme et de la Lutte contre la toxicomanie. Je lui souhaite beaucoup de courage et de détermination dans son travail.

 

Nos enfants sont notre plus grande richesse. J’ai voulu confier l’Education, l’Enseignement supérieur, la Jeunesse et les Sports ainsi que la Vie associative à un homme d’expérience et de dialogue. Michel LEBOUCHER me semblait le mieux placé. Il sait être à l’écoute, il connaît l’éducation pour avoir notamment dirigé l’enseignement catholique durant 20 ans.

 

L’avenir de notre pays repose sur la qualité de notre système éducatif. Celle-ci passe par un partenariat renforcé avec l’Etat, lequel avait été mis à mal par le précédent gouvernement. Sans doute y a-t-il lieu de repenser notre système éducatif, de voir comment mieux l’adapter à nos spécificités, à nos besoins, sans rien lui enlever de sa reconnaissance académique et nationale. Nous ne voulons pas de diplômes de seconde zone, ni de formation au rabais. Nous avons des enseignants de qualité, il faut leur faire confiance et travailler avec eux à l’amélioration de notre éducation et à la promotion des qualités sportives de notre jeunesse. Là aussi il y a tant à faire.

 

Les grands chantiers constituent le meilleur moyen de relancer la machine économique rapidement, et de réinjecter de l’argent public dans l’économie locale afin de créer des emplois. J’ai confié l’Equipement, l’Urbanisme, les Energies et les Transports terrestre et maritime à un homme d’expérience, à Bruno MARTY, ancien PDG de la société polynésienne des réseaux d’études et de service, la SPRES. C’est un spécialiste en génie civil et en travaux publics.

 

Il n’a pas tardé à prendre à bras le corps son portefeuille de l’Equipement puisqu’il va lancer ce soir même le chantier du tunnel de la mairie de Punaauia. C’est un projet important que nous avons initié en 2002 et qui est resté sur plan depuis 12 ans. Aucun gouvernement précédent n’a réussi à le lancer, car il a été mal engagé. Le Conseil d’Etat avait annulé le marché public le 7 novembre 2012 ; et ce problème a été résolu. Il fallait également aller vite au risque de perdre définitivement les crédits de l’Etat qui finance 80% de ce projet.

 

D’autres grands chantiers sont en projets, nous devons encore les finaliser et les programmer. Je compte beaucoup sur un grand chantier à venir celui de la prison de Papearii. Nous devons nous rencontrer avec Monsieur le Haut Commissaire pour discuter des conditions de ce chantier. Je voudrais que le SEFI puisse procéder au recrutement des ouvriers qui y travailleront, et que les 250 agents nécessaires ensuite à son fonctionnement puissent aussi être recrutés sur place, afin que ce soient bien des enfants de Papearii, de Mataiea et du Pays qui puissent occuper les postes qui seront créés. J’ai bon espoir que Monsieur le Haut Commissaire soit sensible à ces aspects.

 

Il nous faudra aussi résoudre le problème de la circulation et du transport en commun. Aucune option n’est fermée à ce stade de la réflexion sur ces questions essentielles à l’amélioration de la qualité de vie de nos populations.

 

L’agriculture, l’agroalimentaire, l’élevage, l’égalité et le développement des archipels ont été confié à un homme d’expérience qui a prouvé son savoir faire dans ce secteur agricole et qui nous vient des îles. C’est Thomas MOUTAME. L’agriculture est pleine de promesses, car nous importons beaucoup trop de produits frais et de légumes de l’étranger.

 

Thomas a relevé le défi d’une agriculture de qualité, en cherchant à promouvoir l’agriculture biologique, ce qu’il a réussi à faire à titre personnel. J’attends de lui qu’il développe à grande échelle une agriculture de qualité afin que nous puissions tous consommer un maximum de produits locaux frais. Il y a tant à faire dans ce secteur, avec les écoles et les cantines, avec les établissements hôteliers, avec les grands réseaux de distribution. J’ai bon espoir, il faut mettre ce chantier en route et lui donner de la cohérence.

 

Parce qu’il est maire de la commune de Taputapuatea, il connaît aussi fort bien les problématiques du développement de nos archipels, laissés à l’abandon durant ces dix dernières années. Nos îles ont été les grandes oubliées du développement. Nous allons essayer d’y remédier et là aussi la tâche qui nous attend est considérable.

 

Enfin, en ce qui me concerne, mon portefeuille n’est pas léger non plus. Outre le fait d’être Président, j’ai conservé  la Solidarité et l’Emploi, les Affaires internationales et européennes, la Lutte contre la pauvreté et l’exclusion, les Personnes âgées, les Personnes handicapées et les Relations avec les communes. La lutte contre la pauvreté est vraiment ma priorité, et je suis aidé dans cette tâche par Manolita LY.

 

D’ici peu sera créé à Tipaerui un centre d’accueil et d’hébergement pour les SDF. Ils pourront venir s’y restaurer, se laver, dormir, retrouver leur dignité. Je ne veux plus voir de personnes et des familles entières dormir dans la rue le soir. Nous étudions pour voir comment les aider à se réinsérer dans la société.

 

Les familles que la crise a laissé au bord de la route, et les personnes âgées ont aussi été les grandes oubliées de notre société, et en ce qui les concerne, je proposerais bientôt un certain nombre de mesures.

 

Quant aux relations internationales, j’ai l’intention avant tout de renouer avec l’Europe. J’ai nommé Hiria OTTINO, qui est parti en Chine pour une mission exploratoire, comme Délégué chargé des relations internationales, et j’ai nommé avec lui Nicole LESVEQUES comme responsable des questions européennes. Elle connaît bien les dossiers, et nous pourront là aussi trouver les moyens de financer certains projets importants notamment au travers du FED.

 

Comme vous le voyez la machine s’est mise en route, et nous avons les bonnes personnes à la bonne place. Reste à trouver les moyens et à compléter les compétences au sein des cabinets. Les moyens seront progressifs, et comme je l’ai dit durant la campagne électorale, nous aurons besoin de 18 mois, à deux ans pour assainir les comptes et relancer la croissance. Et ceux qui disent que nous allons créer 15.000 emplois dès le 6 mai sont des menteurs.

 

Cette semaine je rencontre le Haut commissaire pour faire un point d’étape avec lui sur le plan de redressement. Nous maintiendrons les efforts qui nous sont demandés. Le prochain collectif budgétaire qui sera soumis à votre Assemblée en sera le reflet.

 

Ce n’est qu’une fois le budget reconstruit et voté que je me rendrais à Paris pour renouer au plus haut niveau de la République un dialogue normal et constructif avec les autorités de l’Etat qui reste notre principal partenaire. Nos députés maintiennent déjà ce lien et ce dialogue, que nous avons nous-mêmes repris ici à Papeete.

 

Nous avons convenus avec Monsieur le Haut Commissaire de nous rencontrer deux fois par mois pour échanger sur les dossiers et faire le point sur leur avancement. Personne n’ignore rien des difficultés considérables que traverse la France et de la situation difficile des finances publiques de l’Etat. Nous devons donc être nous-mêmes exemplaire avant d’aller solliciter le soutien de l’Etat dans nos projets. C’est ma ligne de conduite. Malgré la mauvaise situation des caisses de l’Etat je compte bien obtenir du Gouvernement central qu’il contribue au financement du RSPF.

 

Comme vous-mêmes ici à l’Assemblée, c’est pour l’essentiel un gouvernement rajeuni et rénové que vous avez devant vous. L’Assemblée dispose désormais de prérogatives élargies, d’une plus grande autonomie que nos avons souhaité pour nos institutions, qui gagnent ainsi en autonomie et en responsabilité.

 

 

Je voudrais dire merci aux ministres d’avoir accepté ce défi. Ils auraient pu rester chacun dans leur ancienne activité, avoir une vie tranquille, une vie de famille normale, et le plus souvent gagner bien mieux. Ils ont pourtant accepté ce sacrifice et cette responsabilité parce qu’ils aiment leur pays, comme vous.

 

Je vous remercie, Madame et Messieurs les Ministres, d’être à mes côtés pour relever ensemble ce défi du redressement de la Polynésie française.

 

Notre plus belle récompense sera de voir notre population retrouver le sourire et la foi dans son avenir. Ensemble nous y arriverons. Je vous remercie du fond du cœur.