Présidence

Le gouvernement reste stupéfait à la lecture du communiqué de Monsieur TOUMANIANTZ Vadim, secrétaire général du syndicat de la fonction publique. Il s’en prend de manière inadmissible au gouvernement et donne en réalité des leçons d’économie d’un autre âge, au point qu’on est droit de se demander si ce Monsieur exprime réellement la position de ses adhérents.

 

Dans une pure dialectique marxiste stigmatisant « l’autel de l’argent et du capitalisme », « le fossé entre riches et pauvres », « le capitalisme outrancier », « l’esclavagisme », etc., nous avons droit à un cours de marxisme à faire pâlir d’envie la vielle école soviétique.

 

Ce syndicat prétend que les mesures proposées par le gouvernement ne feront que creuser « l’écart entre riches et pauvres » et conduiront à « appauvrir d’avantage les plus vulnérables ». Nous ne devons sans doute pas vivre dans le même Pays que lui. Il serait intéressant de connaître l’écart entre son salaire, probablement indexé, et le SMIG actuel. Cet écart est sans aucun doute infiniment plus choquant que celui dont il s’offusque dans son communiqué totalement démagogique.

 

Monsieur TOUMANIANTZ  justifie sa diatribe en prétextant « qu’on ne vit pas avec un SMIG à 150.000 F mais qu’on survit ». La réalité est bien plus cruelle, puisque le pouvoir d’achat des plus nécessiteux est aujourd’hui réduit à néant. Une majorité croissante de la population vit dans la misère et dépend des seules aides publiques via le RST. Nous n’avons pas entendu Monsieur TOUMANIANTZ dénoncer la politique de la terre brûlée de l’UPLD qui a eut pour effet de jeter des milliers de Polynésiens dans la misère, ni protester lorsque le CAE a été mis en place.

 

Le CAE instaure pourtant une allocation de 80.000 FCFP brut pour les personnes de moins de 30 ans, et de 100.000 FCFP brut pour les personnes de plus de 30 ans, bien inférieure au SMIG actuel, et inférieur aussi au salaire temporaire de développement proposé pour la zone du Tahiti Mahana Beach. 2200 familles sont aujourd’hui heureuses de bénéficier d’un CAE qui leur a permis de sortir de la galère, 400 autres vont en bénéficier en septembre. 8800 dossiers ont été examinés à ce jour, et 2600 dossiers sont encore en attente. C’est dire le besoin de ces familles qui voient au contraire dans le salaire temporaire de développement une amélioration considérable de leur situation, car il sera la contre partie d’un véritable emploi et d’une véritable couverture sociale.

 

Quel écart est le plus choquant ? Celui qui sépare le Smig à 150.000 FCFP brut (auquel il ne sera pas touché) et le salaire temporaire de développement de 120.000 FCFP (exclusivement réservé à la zone du Tahiti Mahana Beach et sur une durée limitée à la phase de construction), ou celui qui sépare le Smig actuel à 150.000 FCFP brut et un revenu équivalent à 0 FCFP pour ceux qui n’ont plus rien aujourd’hui ?

 

Où donc est l’inégalité lorsque dans le même temps une partie importante des salariés de la Polynésie française, non content de percevoir un salaire, jouissent en plus d’une confortable indexation et de la garantie de l’emploi ? Est-ce tabou d’en parler ? Il y a de l’indécence à s’offusquer de la sorte lorsque l’on représente une catégorie professionnelle aussi protégée que les fonctionnaires.

 

La préoccupation quotidienne du gouvernement est de donner du travail à ceux qui n’ont plus rien. Celle des syndicats est de défendre leurs acquis. Notre combat n’est pas le même.

 

Les plus hauts revenus ont été sollicités pour participer à l’effort collectif de solidarité au travers de l’augmentation des taux de la CST. Aussi, plutôt que de donner des leçons inutiles et d’un autre âge au gouvernement, Monsieur TOUMANIANTZ devrait se poser en force de proposition constructive. Au lieu de cela, sa conclusion vaut son pesant d’or : « Peut-être faut-il simplement remettre en question ce choix, aussi beau soit-il » ? Il fallait oser. Ce qui peut se traduire par : « Surtout ne faisons rien pour sortir les autres de la misère, ne venez pas perturber notre douce quiétude, et tout ira pour le mieux dans le meilleur des mondes qui est le nôtre ! »

 

A l’abri du besoin la critique est facile. Les avantages acquits en période de prospérité peuvent-ils encore être dupliqué dans l’avenir ? La question est posée et la réponse évidente : surement pas. Le courage politique consiste à faire évoluer un système pour éviter qu’il n’implose, il n’est surement pas dans l’inaction comme le suggère Monsieur TOUMANIANTZ. C’est ensemble que nous réussirons, c’est ensemble que nous échouerons.