Le Président de la Polynésie française, Gaston FLOSSE, entouré des membres de son gouvernement, et de son conseil, Me François QUINQUIS, ont donné, jeudi matin, une conférence de presse dans laquelle ils ont réagi à différents articles parus dernièrement dans la presse relatifs à des affaires judiciaires.
Dans l'allocation qui suit, le Président a notamment dénoncé un "acharnement judicaire":
"Trop c’est trop !
Vous êtes bien placés pour savoir que je fais l’objet d’une rafale de procédures qui relève de l’acharnement judiciaire, avec pour seul objectif de m’abattre.
Certes, ma carrière politique est longue, mais elle n’est pas achevée. Cependant, les récentes procédures engagées contre moi n’ont aucun fondement, sinon de poursuivre le travail de destruction entamé contre ma personne.
Loin de m’abattre, tout cela me rend plus fort, et les Polynésiens ne sont plus dupes. Ils m’ont réélu en mai 2013 en toute connaissance de cause après une vaste campagne politico juridico médiatique entamée contre moi depuis des années.
L’acharnement judiciaire dont je fais l’objet est purement politique. Il n’a pas d’autre objectif que de m’écarter de la scène politique.
Il n’aura échappé à personne que c’est à chaque fois avant les élections que le juge agit contre moi. Lorsque le hasard se répète plusieurs fois, il n’est plus du hasard, il devient une intention. La coïncidence des calendriers judiciaires et politiques ne surprend plus personne. Chacun a compris que tout cela procède d’une volonté calculée.
Souvenez-vous des propos de Monsieur THOREL à Médiapart en 2010 : « Moi, je suis payé pour leur rentrer dans le chou" disait-il en parlant de moi.
Monsieur THOREL a été nommé par Nicolas SARKOZY en 2009 pour s’attaquer à moi, un des derniers bastions chiraquiens de l’outre-mer, et favoriser l’arrivée au pouvoir de To Tatou Ai’a soutenu par Nicolas SARKOZY et l’UMP.
Avec lui, deux juges d’instruction ont été désignés, (les juges STELMACH et REDONNET), quasiment rémunérés uniquement pour instruire les nombreux dossiers engagés contre moi.
Notre victoire dans les urnes vient contrecarrer leur plan ; cette victoire les insupporte, et je pense qu’ils la vivent comme une défaite personnelle.
Pourquoi croyez-vous qu’en pleine campagne des municipales ils viennent soudain sortir cette affaire d’eau à Erima, vieille de trente ans, mêlant même Edouard FRITCH que j’ai désigné pour me succéder, et qui est lui-même candidat à la mairie de Pirae, sinon pour faire obstacle à son retour à la mairie et influencer le choix des électeurs.
Toutes ces gesticulations judiciaires ne trompent plus personne à commencer par les Polynésiens qui ne sont plus dupes de la manipulation dont ils font l’objet.
La violation permanente du secret de l’instruction et de la présomption d’innocence font partie de l’arsenal.
Ces méthodes sont dignes des pays totalitaires, où l’on condamne ses opposants avant qu’ils ne soient jugés en faisant croire à leur culpabilité avant l’heure, prenant l’opinion publique à témoin.
On les salit, on les discrédite, on les humilie devant les caméras. Elles illustrent le dévoiement des méthodes et la violence du procédé.
C’est un vieux procédé : salissez, salissez, il en restera toujours quelque chose. On alimente ainsi le principe selon lequel il n’y aurait pas de fumée sans feu.
Le juge d’instruction dans notre système à tout pouvoir, un pouvoir exorbitant et parfois abusif, souvent dénoncé et qui n’a jamais été réformé en dépit de tous les engagements pris par les gouvernements successifs.
Ce n’est pas parce qu’on est juge qu’on a forcément raison et encore moins, qu’on a le droit de porter atteinte à l’honneur des personnes.
Vous le savez, je ne me suis jamais soustrait à mes obligations ; je l’ai dit et écrit. Je répondrais aux convocations des juges chaque fois que ce sera nécessaire. Mais cela ne m’empêche pas, en tant que citoyen libre et en tant qu’élu, de dire ce que je pense, surtout, lorsque de toute évidence, il y a abus, et c’est le cas.
Les juges ne sont pas au-dessus des lois, notre République n’est pas encore celle des juges.
Cependant, notez bien que je ne mets pas tous les magistrats dans le même panier, la majorité d’entre eux, heureusement, fait son travail avec honnêteté et sans militantisme.
La justice est une grande institution que je respecte. Car, comme tout système, il a ses dérives, et j’en suis la victime.
Je suis victime d’une injustice.
Une récente commission d’enquête interne diligentée par la chancellerie à la demande du syndicat de la magistrature est venue enquêter sur ces dérives à Papeete.
Ces enquêtes visaient précisément les agissements de certains juges qui s’en prennent avec les mêmes méthodes douteuses à leurs propres collègues magistrats.
Ca ne s’invente pas !
Il y a donc bien un problème de méthodes, et des dérives avérées au palais de justice de Papeete.
Trouvez-vous normal, pour la sérénité de la justice, que la moitié du palais de justice de Papeete ne parle pas à l’autre moitié, à cause de ces méthodes ? L’ambiance y est pourrie.
Souvenez-vous de Pouvana’a a Oopa dont il est reconnu aujourd’hui qu’il a été victime d’une affaire montée pour l’écarter. Lui, c’était pour favoriser l’installation du CEP.
Autre temps, même méthode.
Pourquoi veut-on m’écarter ? Parce que je fais obstacle aux indépendantistes, et qu’aujourd’hui l’Etat craint les indépendantistes.
L’Etat a peur qu’Oscar Temaru vienne semer le désordre et chacun sait qu’il est orfèvre en la matière. Toutes les plaintes déposées contre Oscar TEMARU ont été classées sans suite. Dans l’affaire de l’hôpital, si Oscar TEMARU avait confié le chantier à la SMPP Sogeba après le retrait de Bouygues, l’affaire aurait déjà été classée ! C’est sûr !
Dans l’affaire des emplois fictifs d’Oscar TEMARU, toute la procédure engagée a été enterrée. Nous n’en avons plus jamais entendu parler. Aucune fuite dans la presse, rien ! Pourtant, le procureur a été informé par la juridiction administrative, mais le dossier n’a à ce jour reçu aucune suite.
Selon que l’on est indépendantiste ou profrançais, la justice n’est pas la même. En réalité, elle est même inversement proportionnelle à votre patriotisme : deux poids et deux mesures.
La véritable immunité, c’est d’être indépendantiste !
La France, du moins certains de ses représentants, ont le complexe de l’ancien colonialiste. La France s’est toujours mal conduite avec ceux qui la soutiennent. Il n’est que de se souvenir des 200.000 harkis qu’elle a abandonnés.
Regardez ce qui se passe en Nouvelle Calédonie, la manière dont l’Etat interfère dans le processus pour notamment définir le corps électoral et favoriser les exigences du FLNKS en vue du référendum d’autodétermination, quitte à faire basculer le destin de la Nouvelle Calédonie.
S’acharner contre moi, serait presque risible, mais en réalité, c’est la Polynésie dans la France qui est visée.
Francis SANFORD qui a également été injustement emprisonné disait : « Ce n ‘est pas tant l’Etat qui pose problème en Polynésie, que le comportement de certains de ses représentants ». Je partage son sentiment.
Mais je veux vous dire, et dire aux juges, que tant que le Tahoera’a Huiraatira aura son mot à dire dans les orientations politiques de notre Pays, la Polynésie restera française.
Contre vents et marées mon parti portera hautes ces valeurs, comme nous les avons portées durant ces dix années de Taui qui ont plongé notre pays dans le chaos et la misère.
Et tant que Dieu me prête vie, je me battrais jusqu’à ma mort, pour ces convictions qui ont toujours nourries mon combat politique, et je ferais obstacle avec les Polynésiens à ce funeste dessein, l’indépendance, dont certains juges sont complices".


